Moteurs de réponse

ChatGPT en darija : 1 660 recherches par mois au Maroc

Ce que cherchent les Marocains autour de ChatGPT en darija : volumes relevés, difficulté mesurée, intentions de recherche, et notre protocole de test.

Portrait de Abderrahim ELBAHI

Abderrahim ELBAHI

Fondateur et Directeur Général

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Publié le , mis à jour le · 15 min de lecture

Un homme lit son téléphone la nuit au bord d'une route, les feux arrière des voitures flous derrière lui

Au Maroc, quatre requêtes rapprochent ChatGPT de la darija ou du pays : elles cumulent 1 660 recherches par mois, avec des difficultés comprises entre 10 et 19 sur 100 — les valeurs les plus basses que nous ayons relevées sur ce marché. La demande existe, elle est mesurable, et presque personne ne l’adresse en darija.

L’usage de l’IA a été multiplié par cinq en trois ans

Le groupe Sunergia, institut d’études basé à Casablanca, mesure cette adoption depuis 2023. Son relevé le plus récent donne 33 % de Marocains déclarant utiliser l’IA en 2026, contre 6 % en 2023.

6 %202333 %2026× 5,5Part des Marocains déclarant utiliser l’IA — source Sunergia

Sur ces utilisateurs, ChatGPT domine largement. Le même relevé donne 89 % d’entre eux sur ChatGPT, loin devant Gemini à 29 %, DeepSeek à 7 %, Meta AI à 3 % et Midjourney à 1 %. Le total dépasse cent : une même personne emploie plusieurs outils.

ChatGPT89 %Gemini29 %DeepSeek7 %Meta AI3 %Midjourney1 %Outils employés par les utilisateurs d’IA au Maroc — source Sunergia

Une conséquence pratique : travailler sa visibilité dans les moteurs de réponse au Maroc, c’est d’abord travailler ChatGPT. Les autres viennent après, et de loin.

La fracture compte plus que la moyenne

La première vague de la même série, publiée par Sunergia — terrain du 16 au 26 mai 2023, 1 004 personnes interrogées par téléphone, marge d’erreur de 3,1 points, échantillon redressé sur la projection 2023 du recensement — donne le détail que les moyennes masquent.

À cette date, 16 % des Marocains avaient entendu parler de ChatGPT. Mais cette moyenne recouvre des écarts de un à cinq.

Urbains21 %Ruraux6 %Catégories aisées25 %Catégories modestes10 %18 à 24 ans32 %65 ans et plus2 %Notoriété de ChatGPT, mai 2023 — source Sunergia, n = 1 004

Un urbain avait alors trois fois et demie plus de chances de connaître l’outil qu’un rural. Parmi ceux qui le connaissaient, 39 % l’utilisaient — et cette part montait à 51 % chez les 25-34 ans et à 59 % dans les catégories aisées. Les usages déclarés étaient d’abord professionnels : le travail à 45 %, l’information à 37 %, les études à 27 %, le divertissement à 5 % seulement.

Ce dernier point mérite d’être retenu. L’IA n’est pas entrée au Maroc comme un jouet, elle est entrée comme un outil de travail.

Le terrain est là : 92 % de la population est en ligne

L’adoption ne bute pas sur l’accès. Le rapport Digital 2026 Morocco de DataReportal recense 35,5 millions d’internautes fin 2025, soit une pénétration de 92,2 %, et 57,1 millions de connexions mobiles — 148 % de la population — dont 87,7 % en haut débit. Les réseaux sociaux comptent 22,8 millions de comptes, 59,1 % de la population.

Autrement dit, la contrainte n’est pas technique. Elle est linguistique et culturelle — et c’est ce constat qui oriente notre travail d’agence digitale au Maroc.

Un chiffre que nous n’utiliserons pas, et pourquoi

En cherchant ces données, nous sommes tombés sur une affirmation reprise un peu partout : le Maroc serait « le deuxième pays au monde » pour l’usage de ChatGPT, avec huit Marocains sur dix qui connaîtraient l’outil et 38 % qui l’utiliseraient quotidiennement.

Nous ne la reprenons pas. En remontant à l’article d’origine, on constate qu’il ne donne ni date de terrain, ni taille d’échantillon, ni ce que mesurent au juste ces pourcentages — la population générale, les internautes, ou les seuls utilisateurs de ChatGPT. Il renvoie à un cabinet de conseil sans lien vers une étude marocaine identifiable.

Et surtout, le chiffre est incompatible avec celui de Sunergia : 16 % de notoriété en mai 2023, huit sur dix un an plus tard. Une progression pareille n’est pas impossible, mais elle ne s’affirme pas sans méthode.

Nous préférons un chiffre plus petit et vérifiable à un chiffre plus flatteur et invérifiable. C’est la même règle que nous appliquons aux résultats que nous publions pour nos clients, et elle est écrite dans notre déclaration de transparence.

La demande darija, mesurée

Passons à ce que nous avons relevé nous-mêmes. Relevé du 17 août 2026, Google Maroc, en français, poste de bureau. Les volumes sont des moyennes mensuelles ; la difficulté est un indice de 0 à 100 estimant l’effort pour entrer en première page.

RequêteVolume mensuelDifficulté
chatgpt arabic1 30024
chatgpt arabe88023
chatgpt darija72019
chatgpt en arabe48023
chatgpt maroc48010
chatgpt morocco39017
chatgpt arabe gratuit11030
chatgpt gratuit en arabe11031
chatgpt voice darija7019
chatgpt arabic1 300chatgpt arabe880chatgpt darija720chatgpt en arabe480chatgpt maroc480chatgpt morocco390chatgpt voice darija70Requêtes propres au Maroc — 1 660 par moisArabe standard — 2 990

Les deux ensembles ne visent pas la même chose. L’arabe standard rassemble 2 990 recherches par mois, mais il met le Maroc en concurrence avec l’Égypte, l’Arabie saoudite et le Golfe. Les quatre requêtes proprement marocaines en cumulent 1 660, sur un terrain que personne d’autre ne dispute.

La difficulté est plus parlante que le volume

Un volume élevé ne sert à rien s’il faut deux ans pour l’atteindre. Croiser les deux colonnes du tableau ci-dessus change la lecture.

difficulté sous 201 4001 0507003500010203040Difficulté SEO, de 0 à 100chatgpt marocchatgpt moroccochatgpt darijachatgpt arabicRecherches par mois

Tout ce qui touche au Maroc se range à gauche, sous la barre des 20. chatgpt maroc est à 10 : l’indice le plus bas que nous ayons rencontré sur ce marché, tous secteurs confondus. À l’autre bout, les requêtes en arabe standard sont plus grosses et plus chères à prendre, parce qu’elles attirent des éditeurs de tout le monde arabophone.

Ce que ces requêtes veulent dire

Un volume ne dit pas ce que la personne cherche. La forme des requêtes, elle, le dit.

chatgpt darija n’est pas une demande de traduction. Qui veut traduire tape chatgpt traduction, requête qui existe par ailleurs à 480 recherches mensuelles. La formulation « chatgpt darija » interroge une capacité : est-ce que cette chose me comprend quand je lui écris comme je parle.

chatgpt voice darija va plus loin. Soixante-dix recherches par mois, c’est peu, mais l’intention est précise : il s’agit de l’oral, donc d’un usage où l’on ne passe pas par le clavier. C’est la requête d’une personne qui n’écrit pas volontiers, ou pas en caractères latins.

chatgpt maroc et chatgpt morocco posent des questions d’accès. Elles surgissent quand on ignore si le service fonctionne depuis le pays, s’il faut payer, et avec quel moyen de paiement.

Ces trois intentions n’appellent pas le même article, et une seule page ne peut pas toutes les servir correctement.

Pourquoi la darija résiste aux modèles

Trois obstacles structurels, qui tiennent à la donnée disponible plutôt qu’à la langue elle-même.

Elle s’écrit peu, et de deux façons. La darija est d’abord parlée. Quand elle s’écrit, elle l’est tantôt en caractères arabes, tantôt en caractères latins avec des chiffres pour les sons absents de l’alphabet latin — le « 3 » pour le ‘ayn, le « 7 » pour le ḥa. Un modèle qui apprend sur du texte rencontre donc deux graphies concurrentes pour un même mot, et beaucoup moins de matière que pour l’arabe standard.

Elle alterne les langues à l’intérieur de la phrase. Une phrase marocaine ordinaire mêle darija, français et parfois arabe standard sans marquer la frontière. Ce mélange est naturel pour un locuteur et coûteux pour un modèle, qui doit changer de registre en cours de séquence.

Le vocabulaire varie d’une région à l’autre. Ce qu’on dit à Marrakech n’est pas toujours ce qu’on dit à Tanger ou à Oujda, et un modèle verra surtout la variante la mieux représentée en ligne.

Le protocole que nous appliquons

Nous ne publierons pas d’appréciation sur la qualité d’un modèle en darija sans l’avoir mesurée. C’est la même exigence que pour notre relevé des performances de Gemini 3.7 Flash : des chiffres datés, une source nommée, et rien qui ne soit rejouable. Voici la méthode.

Trente énoncés, six familles : une demande du quotidien, une négociation commerciale, une consigne technique, un texte contenant du français inséré, une question régionale, et une formulation en caractères latins avec chiffres. Six familles, cinq variantes chacune.

Chaque énoncé passe deux fois, en caractères arabes puis en graphie latine, pour séparer l’effet de l’écriture de l’effet de la langue.

La notation porte sur trois choses distinctes, chacune de 0 à 2 : la compréhension — la réponse traite-t-elle du bon sujet ; la langue de sortie — le modèle répond-il en darija, en arabe standard, ou bascule-t-il en français sans qu’on le lui demande ; et l’exactitude régionale.

Chaque passage est daté, le modèle nommé avec sa version. Un test de modèle non daté ne vaut rien : ce qui est vrai en août ne l’est pas forcément trois mois plus tard.

Les échecs sont publiés comme les réussites. C’est la seule façon de rendre le relevé utile à quelqu’un d’autre que nous.

Ce que nous ne savons pas

Les résultats de ce protocole ne sont pas dans cet article : ils ne sont pas encore relevés. Les publier avant de les avoir produits serait exactement l’affirmation invérifiable que nous refusons trois sections plus haut.

Nous ignorons aussi quelle part des 1 660 recherches mensuelles vient de personnes cherchant un outil professionnel plutôt qu’une curiosité. Un volume mesure une demande, pas une intention d’achat.

Enfin, la vague Sunergia de 2026 est reprise par la presse sans que la taille d’échantillon ni la date de terrain soient précisées. Nous la citons parce qu’elle prolonge une série dont la première vague est, elle, entièrement documentée — mais elle vaut moins que celle de 2023.

En résumé

L’usage de l’IA progresse vite au Maroc, ChatGPT domine largement les autres outils, et l’accès n’est plus le frein — les trois sont sourcés plus haut. La demande marocaine autour de la darija, elle, est mesurable : 1 660 recherches par mois sur quatre requêtes, avec des difficultés de 10 à 19, les plus basses relevées sur ce marché. Savoir si les modèles répondent correctement demande un test, et ce test se date.

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